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Nous Sommes Noirs Et Très Beaux



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C'est à Paris, le 11 mai 1885 que Monsieur Anténor Firmin a écrit cette brillante préface à son livre De l'Egalité des Races humaines. Nous le reproduisons pour nos lecteurs dans le but de prouver, par ces temps de changements de mentalité aux Etats-Unis d'Amérique, qu'Haïti a non seulement été le fer de lance du combat contre l'esclavage, mais aussi une arme d'efficacité intellectuelle pour la relève de la race noire bien avant les théoriciens de la Négritude. C'est l'occasion d'inciter les jeunes à lire ce livre scientifique. Gobineau est bien loin ! Mais, Barak Obama doit prouver dans les actes, après ses succès électoraux, que la culture nègre de partage, de nouvelle raison et d'émotion naturelle peut changer l'esthétique mondiale et le cours de l'histoire universelle
Le hasard entre pour une part notable dans toutes les choses humaines. En arrivant à Paris, je fus loin de penser à écrire un livre tel que celui-ci. Plus spécialement disposé, par ma profession d'avocat et mes études ordinaires, à m'occuper des questions relatives aux sciences morales et politiques, je n'avais aucunement l'idée de diriger mon attention vers une sphère où l'on pourrait me considérer comme un profane.

La plupart de mes amis croyaient même que j'aurais profité de mon séjour dans la grande capitale pour suivre les cours de la Faculté de droit, afin d'obtenir les diplômes de la licence et du doctorat. Ce serait certainement un résultat bien digne de mon ambition, n'étaient les exigences de la scolarité et mes devoirs de famille. Cependant, à part toute autre raison, j'estime que lorsqu'on n'a pas eu le bonheur de grandir en Europe, mais qu'on a consciencieusement travaillé chez soi pour mériter le titre que l'on porte, il est inutile de recommencer la carrière d'étudiant dans une branche de connaissance déjà parcourue avec plus ou moins de succès. Il y a d'autres besoins de l'esprit qui demandent également à être satisfaits. En y répondant, on compense largement la privation d'un papier infiniment appréciable, mais dont l'absence ne retire rien au mérite du travail accompli en dehors des universités européennes.

Voici, d'ailleurs, d'où me vint l'inspiration décisive de cet ouvrage. M. le docteur Auburtin, dont je ne saurais jamais assez louer le caractère sympathique et libéral, m'ayant plusieurs fois rencontré, eut l'indulgence de trouver intéressantes les conversations que nous avons eues ensemble et me fit l'offre gracieuse de me proposer au suffrage de la « Société d'anthropologie de Paris ».

Mes études générales me permettant de profiter immédiatement des travaux de cette société, où tant d'hommes éminents se réunissent pour discuter les questions les plus élevées et les plus intéressantes qu'on puisse imaginer, puisqu'il s'agit de l'étude même de l'homme, j'acceptai avec gratitude cette offre d'autant plus précieuse qu'elle a été spontanée.

Le patronage de M. Auburtin réussit pleinement. Présenté par lui. MM. De Mortillet et Janvier, je fus élu membre titulaire de la savante société, dans sa séance du 17 juillet de l'année dernière. Je leur témoigne ici ma profonde et parfaite reconnaissance.

Je n'ai pas à le dissimuler. Mon esprit a toujours été choqué, en lisant divers ouvrages, de voir affirmer dogmatiquement l'inégalité des races humaines et l'infériorité native de la noire. Devenu membre de la Société d'anthropologie de Paris, la chose ne devrait-elle pas pas me paraître encore plus incompréhensible et illogique ? Est-il naturel de voir siéger dans une même société et au même titre des hommes que la science même qu'on est censé représenter semble déclarer inégaux ? J'aurais pu, dès la fin de l'année dernière, à la reprise des travaux, provoquer au sein de la Société une discussion de nature à faire la lumière sur la question, à m'édifier au moins sur les raisons scientifiques qui autorisent la plupart de mes savants collègues à diviser l'espèce humaine en races supérieures et races inférieures ; mais ne serais-je pas considéré comme un intrus ? Une prévention malheureuse ne ferait-elle pas tomber ma demande, préalablement à tout examen ? Le simple bon sens m'indiquait là-dessus un doute légitime. Aussi est-ce alors que je conçus l'idée d'écrire ce livre que j'ose recommander à la méditation comme à l'indulgence des hommes spéciaux. Tout ce qu'on pourra y trouver de bon, il faut l'attribuer à l'excellence de la méthode positive que j'ai essayé d'appliquer à l'anthropologie, en étayant toutes mes déductions sur des principes déjà connus par les sciences définitivement constituées. Ainsi faite, l'étude des questions anthropologiques prend un caractère dont la valeur est incontestable.

Il est certain qu'un tel sujet réclame de longues et laborieuses études. La précipitation avec laquelle je l'ai traité doit indubitablement nuire au résultat désiré.

Mais je n'aurai pas toujours des loisirs involontaires. Le temps presse ; et j'ignore si parmi mes congénères de la race noire, il s'en trouve qui offrent la somme de bonne volonté et de patience accumulée qu'il a fallu mettre en oeuvre pour élaborer, combiner et présenter les arguments et les recherches de la manière que je me suis évertué de le faire.
Ai-je réussi, dans une certaine mesure, à répandre dans mon livre la clarté, la précision, tous les attraits qui captivent l'esprit et font le charme des ouvrages destinés à propager des idées justes, mais encore contestées et méconnues ? Je n'ose trop y compter. Je n'ai jamais eu une entière confiance de mon talent de styliste. De plus, les conditions morales où je me suis trouvé, en développant la thèse de l'égalité des races, ont certainement exercé sur ma pensée une influence dépressive, hautement nuisible à l'élégance et surtout à l'ampleur des expressions, qui correspondent toujours à la bonne santé de l'esprit, à l'ardeur expansive du coeur !

Par-ci, par là, quelques incorrections ont dû m'échapper. Je demande au lecteur son entière bienveillance, le priant de considérer les difficultés des questions que j'ai eu à embrasser et la hâte que les circonstances m'ont, pour ainsi dire, imposée. Peut-être ai-je trop présumé de mes forces. Je l'ai senti parfois. La soif de la vérité et le besoin de la lumière m'ont seuls soutenu dans le cours de mon travail. Pourtant, quelque soit le résultat que j'obtienne, je ne regretterai jamais de m'y être livré.

»Dans cette masse flottante de l'humanité qui tourne sur elle-même, dit M. Mason, il existe un mouvement ordonné.

Notre petit cercle est une partie d'un grand cercle et notre esprit est satisfait pour un instant en apercevant une vérité nouvelle. La poursuite de cette vérité fortifie l'intelligence : ainsi est produite la sélection naturelle de l'esprit. Et tandis que les uns se fatiguent et sont incapables d'aller plus loin, les autres vont en avant et s'affermissent par l'effort. »

En tout cas, en soutenant la thèse qui fait le fond de ce volume, j'ai eu essentiellement à coeur de justifier l'accueil bienveillant de la Société d'anthropologie de Paris. C'est un hommage que je rends ici à chacun de ses membres, mes honorables collègues. Il m'arrive souvent de contredire la plupart des anthropologistes et de m'inscrire contre leurs opinions ; cependant je respecte infiniment leur haute valeur intellectuelle. Il m'est agréable de penser qu'en réfléchissant sur tous les points que soulève ma controverse, ils inclineront à réformer ces opinions, en ce qui concerne les aptitudes de ma race. Ce n'est pas que je croie avoir excellé dans la tâche que je me suis imposée ; mais à des hommes instruits et intelligents il suffit d'indiquer un ordre d'idées, pour que la vérité qui en découle brille à leurs yeux avec une éloquence évidente.

Je suis noir. D'autre part, j'ai toujours considéré le culte de la science comme le seul vrai, le seul digne de la constante attention et de l'infini dévouement de tout homme qui ne se laisse guider que par la libre raison. Comment pourrais-je concilier les conclusions que l'on semble tirer de cette même science contre les aptitudes des noirs avec cette vénération passionnée et profonde qui est pour moi un besoin impérieux de l'esprit ? Pourrais-je m'abstraire du rang de mes congénères et me considérer comme une exception parmi d'autres exceptions ? Certes, j'ai trop de logique dans mes conceptions pour m'arrêter à cette distinction aussi orgueilleuse que spécieuse et folle. Il n'y a aucune différence fondamentale entre le noir d'Afrique et celui d'Haïti. Je ne saurais jamais comprendre que, lorsqu'on parle de l'infériorité de la race noire, l'allusion ait plus de portée contre le premier que contre le second. Je voudrais même me complaire dans une telle pensée mensongère et inepte que la réalité, jamais menteuse, viendrait me faire sentir, à chaque instant, que le mépris systématique professé contre l'Africain m'enveloppe tout entier. Si le noir antilien fait preuve d'une intelligence supérieure ; s'il montre des aptitudes inconnues à ses ancêtres, ce n'est pas moins à ceux-ci qu'il doit le premier germe mental que la sélection a fortifié et augmenté en lui.

Haïti doit servir à la réhabilitation de l'Afrique.

C'est dans cette vue que j'ai constamment tiré mes exemples de la seule République haïtienne, toutes les fois qu'il s'est agi de prouver les qualités morales et intellectuelles de la race nigritique. Du noir au mulâtre, il y a bien des croisements anthropologiques. Aussi ai-je cité beaucoup de noms, regrettant encore que le cadre de mon ouvrage et la crainte de la monotonie ne m'aient pas permis d'insister davantage. C'est ainsi que je voudrais nommer à côté des autres échantillons de la race haïtienne, MM. Alfred Box, Anselin, Nelson Desroches, Edmond Roumain, Georges Sylvain, Edmond Cantin, enfin une foule de jeunes et brillants esprits que je mentionnerais volontiers, si je ne devais pas éviter ici la faute où j'ai eu tant de tentation de tomber dans le cours même de ce livre...

Posted by Daniel on 11/5/08 11:40 AM


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Nous Sommes Noirs Et Très Beaux Daniel 11/5
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